6088

aboutVoilà la vue que l’on a sur la bête en arrivant au premier camp de base, Zongo, situé à quelques 4700m du niveau de la mer. C’est à cet instant précis que je me suis demandé pour la première fois ce que j’étais venu foutre ici, et ce ne sera pas la dernière de ces 3 jours. L’Huayna Potosi, 6088m, 30km de La Paz, le 6000 soit disant le plus accessible pour un débutant. Maintenant que les présentations sont faites, venons en aux faits.

J1. Départ de La Paz en compagnie de Jaimie et Paul, 2 irlandais qui seront mes compagnons de fortune pour cette ascension. Montage des tentes, poulet sec suivi de quelques sucreries et nous voila partis pour une séances d’entrainement sur un glacier a 1h de marche. L’annulaire droit coupé suite a une cascade samedi dernier, je ne fait pas long feu sur le mur de glace a 90 degrés. Je peux a peine tenir le piolet et ma main gauche est comment dire… gauche! Eduardo, mon guide, me rassure en me disant qu’on allait pas rencontrer de tels obstacles pendant l’ascension. Moi, j’espère au minimum pouvoir plier la main pour le jour J. Retour au camp, repas rapide et direction dodo. Je me réveille en plein milieu de la nuit, je suis en train d’étouffer. Je sors de la tente limite en la déracinant. Il gèle, je suis en calbutte mais au moins je reprends mon souffle. Je savais que l’oxygène allait se rarifier à cette altitude mais à ce point la, j’étais loin de m’en douter.

J2. Après avoir du dormir 2 h, c’est parti pour rejoindre le 2eme camp, situé a 5200m. Ça devrait aller me dis-je, a peine 500m de dénivelé. Seulement voilà, j avais oublié un petit détail: les 15 kilos d’équipement à trimballer jusque là. Et puis ce n est pas comme si c’était de la piste, rien que des bon gros rocher a escalader. 2h plus tard j’aperçois le camp, je jette mes dernières forces pour enfin m’affaler devant l’entrée comme une tortue, les 4 pattes en l’air, emporté par mon sac. J ai beau savoir que j aurai pas à porter tout ça demain, j ai de plus en plus de doute sur mes capacités à atteindre le sommet. 18h, mon guide me dit qu’il est grand temps d aller me pieuter. Demain, il faudra se lever a 1h pour avoir une chance d’apercevoir le lever de soleil au sommet. Ok, pas de problèmes…

J3. 3h de sommeil plus tard et il est déjà temps de s’équiper. Les bottes, les crampons, la double polaire, les jambières, la cagoule, la frontale… Le compte y est. Je me force à avaler quelque chose. Pas facile de petit déjeuner à cette heure là. Ahh, j allais oublié l’essentiel. Une bonne grosse poignée de feuilles de coca à caler dans le fond de la bouche. C’est incroyable les propriétés qu’a cette plante. En plus d’aider a luter contre la fatigue, la faim et le froid, elle a aussi permis de stopper l’hémorragie de mon doigt samedi dernier! Et dire que c’est direct la case prison si tu essaies d’en ramener en Europe.

Huayna Potosi

C’est parti. La règle étant d un guide pour 2 grimpeurs, j ai droit a mon guide pour moi tout seul, les 2 irlandais faisant équipe. Les 2 premières heures d’ascension se passent curieusement sans encombre. La pente n’est pas trop abrupte et le rythme régulier. Arrive le premier obstacle, un mur de glace a 45 degré sur une petite centaine de mètre. Au bout de cet effort je commence a avoir le souffle court. Qui plus est je tombe a court de coca. Il ne reste que 4h d’ascension après tout…

S’en suit un long chemin de croix. La pente raide mais régulière laisse place a des crevasses et autres surprises que seule la haute montagne te réserve. On s’arrête toutes les 5 minutes et à chaque fois je suis sur le point de dire No puedo, bastante!!! Mais non, je m accroche tant bien que mal, évitant de regarder le sommet qui m a l’air inattaquable. Le corps n’en peut plus, la cerveau prends le relais. J’essaie de me remplir la tête de pensées positives, d’imaginer la vue au sommet. Le soleil est déjà levé quand j atteins la dernière ligne droite, àsavoir une longue corniche large d’à peine 30 cm. Un Come on digne de Justine Henin m’échappe bien malgré moi. 50m, 30m, 20m. Mon guide me tire autant que je ne pousse sur mes jambes. 10m, 5m… Ça y est! Eduardo me félicite, puis commence a m’énumérer la liste de ce qu’on peut apercevoir d’ici mais je n’ai même plus la force d’écouter ce qu’il raconte. Tout juste le courage de sortir l’appareil photo (qui ne m’a jamais paru aussi lourd) pour immortaliser l’évènement.

Huayna Potosi

Huayna Potosi

Jamais de ma vie je n’avais ressenti cela. Je fonds en larme. Des larmes de joie, de fatigue. Jamais je n avais du pousser aussi loin dans mes limites physiquement. J’avais prévu de m’écouter un petit dEUS au sommet, de la même manière que j associe chaque évènement majeur de ce voyage à une chanson mais mon lecteur MP3 me dit merde. Pas grave, j’ai les paroles en tête. Under the sea. This is where I’ll be, no talking about the rain, no more… Paradoxale non?

(…)

Et maintenant, quelques explications sur les évènements de ces derniers jours…

J’avais prévu de faire un billet sur toutes les merdes qui me sont arrivées à La Paz depuis que j’y ai mis les pieds mais après tout chacun sa croix et si j’étais à ta place, c’est la dernière chose que j’aurais envie de lire. Pour info, je viens de sortir de 3 jours d’hôpital pour une vilaine salmonellose sans doute contractée lors de ce trek. Cela va beaucoup mieux maintenant que l’on m’a drogué comme un cheval, reste plus qu’à régler l’affaire avec la compagnie d’assurance, ce qui ne s’annonce pas de tout repos.

Une semaine après sa disparition, mon 40D a été miraculeusement « retrouvé » après enquête de l’hôtel. Pas au mieux de sa forme par contre. Il est entre des mains expertes pour le moment, on lui donne du 50-50. Dans le pire des cas je récupère le 28-75mm et ça, c’est déjà une sacré bonne nouvelle.

Et puis une dernière chose, j’ai viré toutes les photos d’animaux empaillés du billet précédent. Je suis loin d’être superstitieux mais j’avais de plus en plus l’impression que les sorcières de La Paz m’aient pris en grippe suite à cela….

Sur ce, en espérant pouvoir quitter La Paz dans les 3 prochains jours, je te dis à bientôt!

Stay tuned!

Hasta Luego

6088Nicolas
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11 comments on "6088"

  1. Claire et JB on

    Bon, ben, c’est pas très joyeux tout ça !
    Mais bon, ça fait plaisir quand-même de te lire si longuement…
    La vue en haut devait être exceptionnelle, si on en croit les photos.
    Prend soin de toi, gros bisous et dis toi bien que de toute façon, tu tiens là des expériences inoubliables. Qu’elles soient bonnes ou un peu moins, tu ne pourras pas les regretter…

  2. C’est dingue comme on peut vite s’inquièter quand on a pas de signe de vie sur ton Blog! (Surtout quand on sait que tu vas te taper une telle ascension!)
    Mais le récit et les images valent l’attente surtout que les nouvelles sont rassurantes!
    Par contre j’ai une question… Quand t’arrives a moiité mort au dessus, tu fais comment pour redescendre???

    Bonne route,

    Twane

  3. Facile! Tu te mets en boule et tu roules jusqu’en bas en slalomant entre les rochers et les crevasses. Ca demande un minimum de coordination mais qu’est ce que tu t’éclates 😉

    J’ai refoulé la descente en fait, aussi pénible que la montée mais pas vraiment la même motivation…

  4. Félicitations Nico pour cet exploit! Ceci dit, accoucher sans péridurale aussi te fait fondre en larmes quand c’est fini…
    Quand même bizarre ton histoire d’appareil photo miraculeusement retrouvé! Et tes lunettes?

  5. Maureen on

    un seul mot pour résumer ma pensée : BRAVO!!! J’avoue que j’avais un peu de mal à t’imaginer en cabri des montagnes mais une fois encore tu me surprends superloulou…

  6. Anne-charlotte on

    tu vois moi Maureen je l’imagine pas vraiment comme un cabri, ms plutot comme un dahu, sf que le dahu il a ses pattes qui ne st pas de la meme taille et bien nico ce st ses annulaires qui ne st plus de la meme taille maintenant qu’il y en a un qui est coupé de moitié! enfin je dis de moitié, j’imagine pcq sur la photo on ne voit pas bien!c’est bien beau de montrer des photos de beaux paysages, ms on veut voire du gore aussi, du sang et des boyaux!
    ceci etant dit moi qui pensais que tu partais faire le tour du monde pr te la couler douce ds les plus beaux hotels du monde entier il semblerait que je me sois trompée!!!

  7. Anne-charlotte on

    et la prochaine fois que tu croises des sorcieres tu pourrais leur dder qu’elles me jettent un sort pr que ça marche avec mon mec steplé?

  8. Anne-charlotte on

    et si vs regardez bien sur le coté droit de la premiere photo vous apercevrez le tele siege qui mene directement au sommet de la montage…vs etes bien dupes de bien vouloir croire tt ce que nico vs raconte!
    Pense a retoucher la photo la prochaine fois:)

  9. Un Dahu? Tu sors cà d’où toi? Mais merci de t’inquiéter pour mon doigt, il se porte beaucoup mieux depuis!

  10. Jeannot on

    Salut Nico,

    Merci de nous faire partager tout cela 😉

    Prends bien soin de toi et profites en un max :-p

    A bientot

    Jeannot & Gwendo

  11. Chapeau bas M’sieur!…
    Pr les photos du quartier des sorcieres… tiens, ca t’as fait ca a toi aussi?… plusieurs fois dans mon voyage j’ai supprimes des photos que « je sentais pas » quand je les regardais et qui me faisaient froid dans le dos… c’est vrai que leur grigri de phoetus de lama, c’est pas ce que tu regardes pour faire de beaux reves! brrr!
    Allez, fais en de beaux reves, vis les plutot, fais en des souvenirs, et racontes-les nous!:O)
    Lilie

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