A la découverte de l’Iran (I)

Kiev , le 2 décembre 2016, autour de 23h00. L’employée des douanes ukrainienne esquisse un sourire. Son regard empli de scepticisme oscille mécaniquement entre mon passeport et les yeux cernés qui lui font fasse. Je ne connaîtrai jamais l’origine de la suspicion qui l’habitait. Puisait-elle sa source dans ma coupe de cheveux? Dans ma date de naissance? Quelques heures auparavant, l’avion au départ de Bruxelles qui devait m’envoyer chercher une correspondance pour Téhéran a été évacué. Un des passagers est sorti en courant après l’embarquement, ce qui en ces temps de menace terroriste omni-latente n’a pas été du goût du commandant de bord. Une fuite d’origine purement gastrique, si cela se trouve. Une petite promenade dans l’aéroport agrémentée d’un contrôle de sécurité renforcé plus tard, nous voilà parés pour le décollage. La correspondance n’attendra pas, la découverte de l’Iran passera par une nuit à Kiev.

Dans la file d’attente qui doit déterminé de mon sort pour la nuit j’entame un des paquets de bouchées côte d’or que j’avais prévu de partager avec mes hôtes. La fatigue et la faim ont eu raison de ce maigre vecteur d’échange interculturel. Dans cet hôtel de banlieue d’un autre temps, l’absence d’eau potable me pousse à remplir un verre de neige fraîche qui préviendra toute déshydratation nocturne. Quelques dollars dans un taxi vers l’aéroport avant de reprendre un vol en direction de Francfort, où une connexion pour la capitale iranienne m’attend en fin d’après-midi. Contacter l’auberge, contacter la centrale des taxis, contacter Nassim. Je me surprends à regretter de n’avoir embarqué avec moi que ce brave 6210 d’un autre temps.

A l’arrivée à Téhéran commence le ballet ultra chorégraphié de l’obtention du visa. La prévoyance ne faisant par partie de mon ADN, j’ai opté pour son obtention à l’arrivée plutôt que l’aller retour au consulat. Le filtreur en première ligne, enfermé dans une zone délimitée par une corde de sécurité et la vitrine officielle des tamponneurs, sélectionne à la tête du client ceux qui auront le privilège de faire partie de sa prochaine tournée. Tendre son passeport avec un grand sourire ne s’avère pas être une technique particulièrement efficace. Si par malheur, une fois sélectionné, vous n’êtes pas en possession d’un document d’assurance voyage qui l’inspire, retour à la case départ avec un petit passage par la file de la compagnie d’assurance officielle.

Il est 3h du matin. Mon ultime mission est de récupérer au plus vite mon sac et de trouver un peu de sommeil dans une auberge à 10$ la nuit recommandée par Nassim. Bruxelles est 35h derrière moi. Je descends les escaliers menant aux tapis à bagages pour me rendre compte assez rapidement que j’ai emprunté la mauvaise sortie, mon sac m’attends à l’autre bout de l’aéroport. Nouvelles négociations en vue. En chemin j’entraperçois mon prénom brandi sur une feuille A4. Mon taxi est là, je vais bientôt pouvoir me reposer. J’en oublie presque que le visa et ma virée ukrainienne ont dilapidé un bon tiers des dollars que j’avais prévus pour ces 2 semaines, sachant qu’aucune transaction bancaire avec une carte européenne n’est possible en Iran. Il sera encore bien temps demain de m’occuper de ce désagrément mondain.

Le sac dans le coffre, je laisse l’aéroport derrière moi pour m’enfoncer dans cette capitale dont j’ignore tout, que j’imagine telle une fourmilière aux senteurs improbables. Le taxi s’arrête devant la façade d’un bâtiment beaucoup trop étoilé que pour abriter un dortoir bon marché. Le chauffeur de taxi a-t-il essayé de me recaser dans un hôtel “partenaire”? Pas vraiment, non. Il s’avère que l’on est quelques uns a porter le même prénom sur cette planète et que le taxi que je me croyais attribué était celui d’un touriste Italien, que j’imagine alors faisant les 100 pas dans l’aéroport en ruminant le téléphone vissé à l’oreille. Je vérifie l’adresse avec le chauffeur. Il tourne, tourne encore avant finalement de trouver la petite impasse dans laquelle est abrité le “7 hostel”. Il est 4h30 du matin et l’employé de garde me fait bien comprendre que je n’étais plus spécialement attendu. Sur un dortoir de 15 lits la probabilité d’avoir un minimum de 2 ronfleurs est énorme mais l’heure n’est pas à la spéculation. Incertitude enivrante. Cette impression qu’une semaine s’était écoulée en moins de 48h m’avait manquée. Plus que je ne l’avais imaginé.

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